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Le secret de la paix sociale allemande

Le tribunal de Nuremberg a interdit, le 7 août, la grève pour les salaires prévue par le principal syndicat allemand de cheminots, GDF.  Motif : cela aurait fait trop de tort à l’économie du pays ! En Allemagne, les salariés ont le droit de grève – quand ils l’ont : les fonctionnaires sont révoqués s’ils débraient, par exemple – à condition de ne pas trop perturber l’économie… et donc d’être sûrs de perdre !

 

 

 

THE PEOPLE'S STATE - East German Society from Hitler to Honecker

(L'Etat du peuple - la société est-allemande de Hitler à Honecker)

(de Mary Fulbrook, Yale University Press)

 

 

 

 

Cette spécialiste d'histoire allemande de l'Université de Londres explique dans cet ouvrage passionnant que la RDA constituait bien une dictature du prolétariat et de la paysannerie favorable aux intérêts de ces deux  classes.         

 

Revenant pourtant de très loin, la partie la plus dévastée de l'Allemagne d’après-guerre parvint à atteindre un niveau de développement comparable à celui des pays occidentaux les plus industrialisés, les dépassant même, du fait de son 'idéalisme collectif', dans certains domaines tels que la sécurité matérielle pour tous. Fulbrook rappelle que ce sont les femmes qui ont le plus pâti de la réunification : elles y perdirent le droit à l'avortement et furent les premières licenciées suite à la 'restructuration' des entreprises.

 

 Pour l’auteur, la 'dictature participative' est-allemande encourageait, pour déterminer la politique à suivre, les 'forums de discussion' (bien avant que ceux-ci soient à la mode à l'Ouest) sur tous les sujets, la RDA prenant de ce fait une nouvelle longueur d'avance par rapport aux pays occidentaux en matière par exemple d'interdiction du tabagisme ou de légalisation de l'homosexualité. Une vaste entreprise de consultation permit également d'élaborer le Code de la Famille de 1965 (33 973 réunions débouchant sur 230 changements apportés au tete). Il en fut de même pour l'ébauche de la Constitution de 1968 (à laquelle participèrent, par exemple 51 % de la population du Thuringe). La pratique de la pétition individuelle ou collective (Eingaben) concernait jusqu'à la moitié de la population qui écrivaient ces lettres de réclamation relevant tant de la vie quotidienne que de la politique internationale. On retrouva ainsi un million de ces lettres dans les archives de RDA. Les autorités étaient requises d'y répondre (et de solutionner les problèmes soulevés) dans les 4 semaines !            

 

L' Etat socialiste était comme une ruche de démocratie. "Ce qui est tout à fait remarquable, c'est la manière dont une partie très importante de la population participait à son fonctionnement, et participait au pouvoir dans tous les domaines de la vie."

 

Incroyablement, l'auteur suggère que c'est précisément la tendance de l'Etat est-allemand à l’autocritique qui le poussa à sa chute. Mary Fulbrook rappelle qu'on a souvent expliqué la chute du Mur par 'le syndrome de la banane', tant celle-ci se fit rare vers la fin des années 80. La RDA avait engagé dès 1953 une politique de 'consumérisme socialiste', privilégiant les industries légères aux dépens des investissements, d'où le ralentissement  économique à partir de 1975. Ce contexte explique peut-être une certaine inertie face aux événements de 1989 de la part tant de la population que de l'administration locale, dont les responsables ne bénéficiaient pas pour des raisons politiques de certains produits de luxe offerts par des parents ouest-allemands. Et pourtant en  1989, les groupes d'opposition (pour la plupart religieux, en l'occurence protestants et jouissant d'une grande marge de manoeuvre) n’étaient que des groupuscules très faibles numériquement. Les grèves n'avaient jamais été moins nombreuses.

 

La raison de la fin de la RDA est donc plutôt à chercher du côté du travail de sape exercé par Gorbatchev à l'encontre des directions des autres pays socialistes, poussant les peuples à s'en débarrasser au nom de la 'perestroïka' (synonyme de ‘marché libre’) et la 'glasnost' (lire : système politique à l'occidentale). Vu la crise politique (la liquidation du PCUS entamée sous Gorbatchev) et économique (l'absurdité des soi-disant 'coopératives' - en fait des entreprises privées - pouvant concurrencer le secteur public tout en se servant de ses équipements) du monde soviétique du milieu des années 80 qui s’ensuivirent,  les eingaben en vinrent à critiquer le système tout entier. Quoi qu'il en soit,  la plupart des Allemands de l'Est qui  traversèrent le Mur, une fois celui-ci tombé, le firent poussés plus par la curiosité de voir si ce qu'il y avait de l'autre côté correspondait à que ce qu'ils voyaient à la télévision ouest-allemande que par une volonté de changer de système. De façon inattendue, M. Fulbrook conclut que le Mur s'avéra nécessaire à la préservation d'un état viable. Ce n'est que quand ce celui-ci tomba que les Allemands de l'Est se rendirent compte que les deux états allemands étaient fondamentalement différents et que, dans la nouvelle Allemagne réunifiée où régnent l'individualisme et  la loi de la jungle ils allaient devoir renoncer aux crèches et aux vacances bon marché, à l'éducation, la formation continue et le travail gratis, à l'esprit de camaraderie, aux loisirs sociaux (excursions et anniversaires)  et sportifs qui caractérisaient auparavant leur vie professionnelle.

 

RE-NAZIFICATION

Un étudiant allemand témoigne

 

« En Allemagne règne dans les couloirs des palais de justice un climat pro-nazi est comparable à celui des années 1920. Les têtes pensantes de l´extrême-droite allemande, Horst Mahler ( l’un des anciens avocats de la Rote Armee Fraktion, qui a ensuite dérivé à l’extrême-droite, et actuellement traduit devant la justice à Berlin pour propos justifiant l’holocauste et propos antisémites publics) et Ursula Haverbeck (fille du chef-propagandiste nazi W.G. Haverbeck en Amérique Latine de 40 à 45, qui fonda le Collegium Humanum en 1963) créent des structures internationales avec les descendants des chefs nazis et autres apologistes du national-socialisme ; ils invitent parfois des apologistes d’extrême-droite d’Australie, du Canada ou de France (Robert Faurisson).  


 

Race des seigneurs et verts de gris

 

La propagation massive du négationnisme est censée faire redresser le soi-disant « peuple des seigneurs » en le débarrassant de son passé refoulé depuis les premiers jours de la RFA. Les militants du Collegium Humanum ont récemment lancé une campagne de brochures à Bielefeld, la plus grande ville près de Vlotho, dans lesquels ils ont taxé de « traîtres au peuple allemand » ceux qui « ne reconnaissent pas son histoire et son statut de droit ». Cette dernière référence au droit constitutionnel consiste en la propagation de l’idée que seul un Etat nazi pourrait être le légitime héritier du régime nazi. Ce bobard est construit sur la juridiction de la Cour constitutionnelle de la RFA : la RFA est de fait explicitement considérée non seulement comme héritière du Reich, mais aussi identique en partie avec le Reich (jugement des années 1970 toujours valable) ; identique en partie seulement, car la Cour constitutionnelle envisageait, conformément à la doctrine Hallstein, l’annexion de la RDA, réalisée en 1990. La Cour constitutionnelle fournit ainsi des armes aux neo-nazis, qui se présentent en légitimes représentants du pouvoir public autour de Mahler et Haverbeck. 

 

Dans le centre négationniste de Vlotho (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), le Collegium Humanum, dont Haverbeck est la vice-présidente, publie des textes antisémites en se cachant derrière une façade écologiste (le  Collegium Humanum fut fondé par un ensemble hétéroclite de fascistes mariant écologie et darwinisme-social, et de verts).         


Pendant le plus important procès de Haverbeck (2004), des scènes incroyables se déroulèrent dans les couloirs du tribunal : des manifestants ont montré de grands placards avec des
citations de nazis, tel Göring (« Propagandalüge Gaskammern », chambres à gaz = propagande mensongère). Le personnel de justice et les forces de l’ordre n’ont pas dispersé les militants de cette association illégale brandissant des affiches nazies, mais ils leur ont ouvert la salle adjacente à la salle de sentence pour qu’ils puissent s’asseoir. Haverbeck, après avoir répété qu’elle avait foi en la « justice hitlérienne, par la volonté de Dieu » devant la juge, ne fut punie par le tribunal de Bad Oeynhausen (près de Vlotho) qu´à une amende de 3.800 euros, alors que le § 130 II Code Pénal allemand (Volksverhetzung, Propos publics incendiaires) prévoit jusqu´à 5 ans de prison pour des cas d’apologie publique d’« actes commis sous le régime du national-socialisme »         ..


Complaisance des autorités

La dernière vague de séminaires dans le Collegium Humanum de Vlotho, nid du négationnisme et l’intelligentsia de l’extrême-droite allemande, eut lieu en février 2006 et ne fut pas surveillée par la police – les autorités on raté l’occasion de démontrer le caractère hautement incendiaire du contenu des séminaires de Ursula Haverbeck. Les tracts et brochures de ces fanatiques (« L’Empire Allemand est vivant et nous sommes tous des ressortissants du Reich ! »…), sont d’autant plus dangereux que nous vivons une situation de crise où beaucoup de chômeurs se laissent influencer par ces bobards.
Le manque de résistance (hormis ces quelques manifs antifascistes devant l’institut même) face à cette idéologie du Reich, diffusant la théorie du complot juif, et dont les textes ne sont guère réprimés par les autorités si l’on en juge par la place croissante qu’ils prennent dans des journaux et sur internet) devrait inquiéter l’Europe.    


Des sondages ont récemment montré que 13% des Allemands ont une attitude antisémite. Lorsque Martin Walser a reçu le prix de Paix des Librairies allemandes, il a estimé que l’holocauste était « instrumentalisé pour des buts contemporains » et que les Allemands subissaient une « Moralkeule » (oppression morale) ; seul Ignatz Bubis n’a pas
applaudi ce propos de Walser et l’a qualifié de « geistige Brandstiftung », (incendie intellectuel volontaire).  L’affaire Hohmann (antisémite de la CDU) et l’entrée du NPD dans les Conseils régionaux de Brandebourg et de Saxe montrent que Bubis avait raison et que le refoulement de l’holocauste et de ses origines par les élites allemandes (qui produit des aberrations comme l’identification Hitler-Milosevic par Fischer et Schröder, ou la supposée découverte de « camps de concentration » au Kosovo par le ministre de la Défense, Scharping, en 2000) ne fait que renforcer les mouvements néo-nazis. »   


Tobias B.

 

 

 

Horst Mahler et Martin Walser      

 

Ils l’avaient privatisé, maintenant, ils l’ont délocalisé !

 

L’économie de marché continue d’imposer sa loi de fer aux lieux de mémoire. Depuis plusieurs numéros, nous tenions nos lecteurs informés des dangers qui guettaient le lieu de commémoration de l’ancien chef du Parti Communiste Allemand assassiné par les nazis.

 

La première attaque avait été sa vente à un particulier. L’action du Cercle des Amis d’Ernst Thälmann, avait attiré l’attention des progressistes du monde entier sur cette affaire, et considérablement gêné le personnage qui cherchait à le fermer. Celui-ci semble donc avoir décidé d’employer la méthode forte, à moins que le coup ne soit venu d’un commando d’extrême-droite : le mémorial a disparu !

            D’après nos camarades allemands, les moyens mis en œuvres ont dû être énormes...    

 

Le Monument en question

 

A la veille du soixantième anniversaire de la Victoire

 sur le fascisme :

dénoncer l’imposteur de service

Par Maurice Cukierman

 

En 1990 Le Pen, pour criminaliser le communisme et les communistes, lance l’idée d’un Nuremberg contre le Communisme! Cette campagne n’était pas nouvelle dans les cercles néo-fascistes. Elle visaient depuis les années soixante-dix autant les communistes, qu’à discréditer le procès de Nuremberg, qui vit la condamnation non seulement des criminels nazis, mais aussi du système et de ses organisations (SS, Parti Nazi, etc.). Or toute la tourbe des ex-collaborateurs et de leurs rejetons vise alors par tous les moyens à faire invalider les décisions du Tribunal International : " justice de vainqueur ", " manque de base juridique "… les arguments ne manquèrent pas. Cependant la gravité des crimes nazis - renversement du régime constitutionnel de Weimar, terreur contre les organisations démocratiques et leurs membres, génocide contre les Juifs, les Tziganes, les Slaves, terreur contre les populations des pays occupés, crimes de guerres monstrueux… - ôte à cette campagne contre Nuremberg toute crédibilité, faisant apparaître ses promoteurs pour des nostalgiques (la plupart) ou des irresponsables (c’est le cas de Vergès qui utilisa ce type d’arguments lors du procès Barbie). Il ne reste donc qu’une manière de procéder, c’est de délégitimer le procès en mettant en cause les juges. Condamner le communisme dans un procès international pour crime (100 millions de " victimes ", soit le double des victimes de la seconde guerre mondiale) c’est en effet récuser la légitimité de l’alliance entre l’URSS, les USA et la Grande-Bretagne contre le fascisme et pour la démocratie, et donc réduire le procès de Nuremberg à une basse vengeance, où les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont limité les dégâts en ne permettant que douze condamnations à mort (les Soviétiques se prononçaient pour qu’il y en ait plus, notamment Hess)! Car il est évident que si le Communisme était reconnu comme un crime contre l’humanité, la présence de juges soviétiques au Tribunal ôterait aux décisions de celui-ci son exemplarité mais aussi la légitimité des condamnations. Le nazisme serait de fait réhabilité : seul des crimes commis par de " simples " individus membres du Parti nazi seraient dès lors juridiquement retenus, sous la responsabilité morale du seul Hitler, et non pas la condamnation pénale globale d'une idéologie et d'un système politique criminel. Et bien évidemment les communistes, les combattants les plus lucides et les plus décidés contre le fascisme sous toutes ses formes, les porteurs de l'alternative à la domination du Capital qui a engendré le fascisme, seraient eux frappé d'ostracisme. Que soixante ans après la défaite du IIIe Reich on en soit là, illustre bien le dramatique recul des forces progressistes et révolutionnaires consécutif à la victoire de la contre-révolution à la fin des années quatre-vingt du XXe siècle !

 

Stéphane Courtois remet ça

Or la campagne " Un Nuremberg pour le Communisme ", n’est plus, loin de là, le monopole des nostalgiques du fascisme. La question est maintenant traitée de manière tout à fait officielle. Ainsi une réunion d’une commission de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a eu lieu à Paris, courant décembre 2004, visant à faire aboutir l’opération. Etait invité l’inévitable Stéphane Courtois, qui s’est largement répandu à cette occasion sur le thème des " totalitarismes ", et les crimes supposés du Communisme. Il y a prononcé un discours, transformé ensuite en prétendue interview à la presse (mais sans précision de l’interviewer, ni de l’agence de presse) et largement diffusé. France culture et quelques journaux s’en sont fait écho. Avant de revenir sur ces déclarations, dont la teneur scientifique n’est pas plus consistante que d’habitude, il n’est pas inintéressant de se pencher sur le personnage, son itinéraire et ses fréquentations. Car Courtois n’est pas le chercheur, l’historien, contestable certes, mais de " bonne foi ", que certains voudraient présenter et avec lequel un débat, une polémique serait possible. Courtois est d’une autre pâte.

 

Etudiant, il adhère à l’UEC ou il rejoint la fraction maoïste, auquel participe Bernard Kourchner. Après son exclusion, il est membre de l’UJCML, avant de rejoindre la " Gauche " " Prolétarienne ", groupuscule se réclamant du maoïsme et spécialisé dans la provocation et l’agression anticommuniste au cours des années soixante-dix. C’est ce groupe (dont les membres étaient issus de la Grande Bourgeoisie), qui après avoir créé Libération, devait donner naissance aux Nouveaux Philosophes avec Glucksman et Bernard-Henri Lévy. Ayant arraché le masque maoïste, il restait l’anticommunisme et l’antisoviétisme voisinant au délire ! On se rappelle le " Plutôt mort que rouge " de Glucksman, qui n’est pas sans évoquer les appels nazis au suicide (à l’assassinat) du peuple allemand plutôt que de subir la " domination judéo-bolchévique " ! Cette évolution n’étant pas propre à notre pays, on ne peut que s’interroger sur les forces qui manipulaient en coulisse. On s’aperçoit que ces petits marquis? aujourd’hui tous des partisans forcenés de la politique de Washington ? quand ils se camouflaient derrière le drapeau rouge, s’inscrivaient déjà fondamentalement dans le sillage des Etats-Unis : en témoigne le MRPP portugais, dont les dirigeants étaient les fils des salazaristes, et dont l’un d’entre eux n’est autre que le très réactionnaire Barroso, actuel président de la Commission Européenne. Ou bien M. Solana, qui membre du PSOE, a été secrétaire général de l’OTAN avant de devenir Commissaire Européen. Evidemment on pense à la CIA. Certains objecteront que c’est le retour du " complot " ! Il faudra quand même qu’ils nous expliquent pourquoi l’impérialisme américain dépenserait de telles sommes - le budget relevant de la NSA (qui chapeaute l’ensemble des organismes d’espionnage, de déstabilisation et d’opérations) pour 2004 a représenté 10% du budget global de la Russie – pour … rien ! Mais regardons de plus prêt.

 

La CIA justement (nous admettons qu’elle est ici le bouc émissaire, et qu’il s’agit plutôt de tous les organismes de l’impérialisme américain mobilisés pour assurer sa domination). M. Courtois en fréquente assidûment les relais et les organismes. D’abord son maître, François Furet, qui n’a jamais fait mystère de ses liaisons anticommunistes avec la Centrale ou avec les Think-Tank conservatrices qui le finançaient largement (l’argent ne fait pas le bonheur des autres… mais le sien…). Mais surtout Courtois, très apprécié à Radio Courtoisie, le canal fascisant de la FM, est le vice-président de l’Institut d’Histoire Social, organisme un peu singulier dans la vie politique française depuis qu’il existe.

 

L’IHS une machine à brasser les variantes anticommunistes !

L’IHS a une particularité. Il ne parle jamais de son fondateur réel qui fut son trésorier jusqu’à sa mort. Ses animateurs prétendent qu’il a été créé en 1936 par Boris Souvarine. Ancien militant communiste, il fut secrétaire général un temps, il est exclu en 1924, fricote avec le trotskisme, rompt avec Trotski en 1929, rejoignant alors l’aile droite de la social-démocratie et du syndicalisme réformiste. Début 1940 il abandonne son Institut, qui disparaît dans la tourmente, et rejoint les Etats-Unis. Quand en 1954, revenu en France et fréquentant les milieux pro-atlantistes, il participe à la fondation de l’actuelle IHS, il est la caution, l’homme de paille, de celui qui semble être au centre du dispositif politique des Etats-Unis en France : Georges Albertini (cf. le livre de Jean Lévy que l’on peut se procurer en nous le commandant contre 20€). Si l’individu est dans l’ombre ce n’est pas seulement parce qu’il touche, et redistribue, l’argent de la CIA (à FO, au Congrès pour la Liberté et la Culture de Raymond Aron, etc.). Pas non plus parce qu’il est conseiller politique de la Banque Worms, autre source de financement de tout ce qui est, de près ou de loin, anti-communiste. Si Albertini reste dans l’ombre, c’est qu’il a été le Secrétaire Général, pendant la guerre, du très collabo Rassemblement National Populaire de Marcel Déat, et son secrétaire de cabinet au ministère du travail de Pétain. Quand d’autres ont été exécutés pour bien moins, il est condamné à cinq ans de prison en décembre 1944 (avec la complicité de qui ?). Sitôt libéré il reprend du service dans l’anticommunisme. Pas gêné, il n’a jamais hésité à condamner " l’aveuglément de Déat ", qui n’a pas su, comme lui, changer, non pas de camp, mais de maîtres. Albertini avec l’argent du patronat et des américains sera de tous les mauvais coups : il publiera Est-Ouest, tissu d’élucubrations anti-soviétiques, conseillera les hommes politiques de la bourgeoisie (Pinay, Monnet, Lecanuet, Pompidou, Marie-France Garaud, Edgar Faure…), comme les ours savants de la social-démocratie et du syndicalisme jaune (Mollet, Bergeron, la CFTC, etc.). S’il s’entoure d’anciens collabos comme Claude Harmel, Roland Gaucher, il s’est reconverti au Libéralisme pur et dur (preuve qu’il n’y a pas de muraille de Chine avec le fascisme, ou le prétendu " planisme " de sa jeunesse). C’est lui qui refait une santé aux jeunes fascistes ambitieux : Madelin et Alain Robert d’Occident par exemple, qui, une fois passé par l’Institut d’Histoire Social, rejoignent la Droite officielle. L’IHS finance, ou plutôt sert d’intermédiaire financier, des opérations de propagande contre les forces démocratiques (faux journaux comme France-Matin en 1974, M. Dupont voit rouge etc.). C’est l’IHS encore qui crée une filiale avec à sa tête l’ancien collabo, Claude Harmel, l’Institut Supérieur du Travail, pour la formation des cadres patronaux et des syndicats fantôches comme la Confédération des syndicats indépendants, l’ex CFT,.

 

Après la mort d’Albertini, l’IHS sera présidé par André Bergeron, et aujourd’hui par Jean-François Revel. Sans rentrer dans le détail on sait que le Revel en question, en plus d’être académicien, a été un actif participant de l’Internationale de Résistance Anticommuniste (ou l’on retrouvait Glucksman et BHL), de la World Anticommunist League, et de plusieurs initiatives organisées par la secte Moon, en liaison étroite avec les Etats-Unis (encore la CIA !), etc.

On y retrouve aussi l’historien Leroy-Ladurie dont le papa fut pétainiste, collabo, et qui pleurnichait il y a quelques années, sur France Culture, sur la Libération et les ennuis (léger au demeurant) que sa famille eut à subir. Relevons que les membres de la direction de l’IHS ont tous fait part de leur soutien à Bush pour la guerre en Irak. Ce qu’il faut noter, c’est que beaucoup de ses ténors depuis le début, ont la réputation d’avoir été " à gauche " à un moment de leur vie : Albertini et Déat ont été à la SFIO, d’autres ont été membres de la CGT avant la guerre et la collaboration. Ils ont gardé des contacts. Après la guerre on retrouve le même phénomène avec Suzanne Labin (membre de la SFIO jusqu’en 1972), Souvarine, Leroy-Ladurie,…

Et puisqu’on parle de la CIA (le journaliste de l’Humanité Alain Guérin, quand il évoquait Albertini et Est-Ouest, parlait de " l’officine du boulevard Haussmann ") évoquons aussi quelques autres officines où l’on retrouve les contacts de Courtois. La Fondation Saint Simon par exemple, qui rassembla jusqu’à sa dissolution en 1999 un certains nombres de partisans de la " troisième voie ". En réalité de la voie capitaliste, ce qu’expriment les louanges exprimées lors de sa disparition. Son principal mérite ne fut-il pas d’avoir " infiltrer la gauche française et la convertir progressivement au libéralisme économique et à la "globalisation" ". Dans ce cadre très fermé (100 membres, cinq cents sympathisants) on retrouvait, au côté de patrons comme Peyrelevade, Riboud, Meir, Lagardère (notons que certains participent activement à Confrontation de Philipe Herzog et Le Duigou), des gens connus pour avoir eu un passé " gauche ", et même ultra-gauche, en particulier en 1968. François Furet évidemment, mais aussi Pierre Rossellini, qui fut la tête pensante de la CFDT à l’époque d’Edmond Maire, avant le recentrage comme après, Jacques Julliard, Jean Daniel, Serge Lévy, Finkelkraut, Alain Touraine. Les noms cités ici (sauf Furet), ne le sont pas par hasard : il s’agit d’individus qui dans les années soixante six - soixante douze, avec des nuances, ont soutenu de toutes leur force, où l’ont été eux-mêmes, le maoïsme dont le jeune Courtois étaient un adepte. On pourrait aussi citer Domenach (dont le fils après avoir été à la GP est devenu un des " spécialistes anticommuniste de la Chine ") et la revue Esprit. Mais pour revenir à la Fondation Saint Simon, elle fut, elle aussi, dans le prolongement du Congrès pour la Liberté de la Culture, largement financée par la CIA sous le couvert de la Fondation Ford ou de la National Endowment for Democraty.

Des méthodes " dis-"courtoises

Les frasques de la jeunesse passée, Courtois suit la voie de la plupart de ses amis politiques de jeunesse. Il fréquente un certains nombres de collaborateurs de l’IHS, comme Annie Kriegel, ex-PCF, Alain Besançon (qui partage la vice-présidence de l’IHS avec lui), spécialiste de l’antisoviétisme. Tout ce beau monde accède à la direction de l’IHS avec le renouvellement des générations. Mais celle-ci n’en a pas perdu pour autant ses ancrages à l’extrême droite. Simplement il est vrai que les ex-collabos commencent à se faire rare, pour des raisons d’âge. Ce qui doit attirer l’attention des milieux progressistes, car entre le discours dominant de l’antitotalitarisme, et la façade pseudo-universitaire, la vigilance s’estompe. Sans parler de certaines compromissions : on n’est en droit de s’indigner par exemple que l’institut d’histoire de la CGT, l’organisme de gestion des archives du PCF (en attendant la fondation de Robert Hue, usurpant le nom de Gabriel Péri) aient des liens formel avec cet organisme de guerre froide.

La mort de Furet a laissé la place à Courtois. Place qui au demeurant rapporte gros, cette question n’étant jamais un détail ! Acoquiné avec Jean-François Revel, le discours est libéral, antitotalitaire. Mais du totalitarisme véritable, le fascisme, tout en se débarrassant des oripeaux vieillis, il n’en a pas moins gardé les traits principaux.

La haine anticommuniste d’abord avec la volonté d’éradiquer le mouvement révolutionnaire (car si un anti-Nuremberg avait lieu, les communistes, et ceux qui seraient prétendus tels, seraient jetés en prison à défaut d’être tué, sauf en cas de " bavures "). Le terrorisme intellectuel ensuite, avec cet art de la délation qui sied si bien à M. Courtois, qu’on se souvienne la dénonciation de la présence d’un livre de Ludo Martens à la fête de l’Humanité ! Dans son intervention devant le Conseil de l’Europe l’individu se permet de discréditer les historiens russes par l’insinuation, le sous-entendu fielleux, l’affirmation péremptoire de l’absence d’école historique russe, puisque les archives soviétiques, et les historiens qui travaillent dessus, démentent les récits apocalyptiques sur l’histoire de l’URSS ! Revenant sur la fermeture des archives à la consultation libre (au pillage), Courtois accuse les dirigeants, réactionnaires ne l’oublions pas, Russes de continuer la politique soviétique ! Ce qui en clair signifie, qu’à l’instar des cercles les plus réactionnaires des Etats Unis, Courtois prépare l’opinion à la guerre contre la Russie. C’est d’ailleurs aussi un trait du fascisme français d’avoir toujours été le larbin de l’impérialisme le plus puissant ! Certains argueront qu’il renvoie dos à dos fascisme, nazisme et communisme (il regrette que cela ne soit pas dans le Traité Constitutionnel !). Mais pourquoi séparer le fascisme et le nazisme ? La méthode a toujours été utilisée pour réhabiliter le premier, sous prétexte qu’il n’aurait pas participé, ou très tard, au génocide contre les juifs (oubliant les autres victimes) ? Il s’agit par ailleurs, en concentrant le regard sur le seul racisme, de légitimer le renversement de la démocratie bourgeoise et la politique d’éradication du mouvement ouvrier organisé. C’est l’argument qui consiste à avancer que, finalement, massacrer les communistes, les syndicalistes, c’était " normal " ! Par contre le communisme serait lui politiquement criminel parce qu’il s’attaque à la propriété privée des moyens de production et d’échange et parce qu’il repose sur l’idée de l’égalité sociale et d’un monde meilleur, sans chômage, sans misère.

On le voit bien, la litanie sur les totalitarismes repose sur une fausse fenêtre pour la symétrie : le fascisme et le nazisme seraient des phénomènes de l’ordre du conjoncturel (et donc cela ne coûte plus rien de les condamner, regarder Fini en Italie numéro deux du gouvernement de Berlusconi), tandis que le communisme lui, serait, par son ambition de libération sociale de l’humanité, intrinsèquement pervers ! On peut donc fréquenter les ex-fascistes, admirer la RFA de la guerre froide avec ses anciens nazis reconvertis en chrétien-démocrate, soutenir les bandéristes ukrainiens, et les descendants des fascistes dans les ex-pays socialistes ! Comme le disait une animatrice de Radio Courtoisie en 1993-94 à propos d’un écrivaillon vichyste, " il n’était pas collaborateur ou pro-allemand, il était anti-communiste, et il avait des raisons de l’être, il avait raison avant tout le monde, c’est tout !". Dans les années trente, dans certains milieux politiques (ceux de Marcel Déat justement), et dans la bourgeoisie, on a commencé par dire " ni Hitler ni Staline ", pour continuer par " Plutôt Hitler que Staline " avant de soutenir Hitler contre le camp de la démocratie (bourgeoise comme prolétarienne, unie momentanément), camp dans lequel l’Union Soviétique avec Staline à sa tête, et les communistes du monde entier, jouèrent le rôle principal pour briser la bête immonde. Ce qui permis de faire le procès de Nuremberg. Les perdants furent les prédécesseurs de Stéphane Courtois, au point qu’aujourd’hui pour être crédible, il faut s’en démarquer, au moins formellement. Mais sur le fond ce sont les mêmes arguments et les mêmes tentations meurtrières au service de l’impérialisme, cette phase suprême du capitalisme où la tendance à la réaction s’affirme sur toute la ligne.

L’affaire du Conseil de l’Europe ne saurait être pris à la légère par les communistes, par les démocrates et les progressistes. Elle s’inscrit dans le contexte de domination contre-révolutionnaire consécutive à la défaite du socialisme en URSS et en Europe orientale. Dans les pays Baltes, en Ukraine, en Croatie, en Pologne, en République Tchèque, en RFA, chasse aux sorcières, interdictions professionnelles, interdiction des symboles ou des organisations communistes se succèdent. La demande d’interdiction des symboles communistes, au même titre que la croix gammée, a été demandée à la commission de Bruxelles par des néo fascistes lithuaniens et hongrois. Le Commissaire Italien Frattini, du parti de Berlusconi, dans une lettre qu'il leur a adressée lundi 7 février 2005, a estimé que leur appel "ne peut et ne doit pas être négligé", se disant prêt à "contribuer à la discussion, dans les limites de (sa) sphère de responsabilité". Mais dans le même temps la demande d’interdiction des symboles nazis dans l’UE a été repoussée. Ce qui signifie que la campagne visant à l’interdiction de l’expression communiste, dont l’IHS et sa direction (Revel/Courtois/Besançon/Leroy Ladurie) sont un élément majeur, va se poursuivre. La riposte doit donc s’organiser sans plus tarder. Son efficacité passe qu’on le veuille où non par un combat permanent contre l’antisoviétisme, contre les calomnies contre son histoire. Sans confondre, cela va s’en dire, avec une vision hagiographique du passé, mais en s’appuyant sur l’analyse historique concrète que permettent d’ors et déjà les études faites sur la base des archives publiées, dont la caractéristique principale est de s’inscrire en faux contre le rapport calomniateur de Kroutchev en 1956 et les élucubrations anti-soviétiques de Courtois et consorts. La critique du passé, nécessaire, vitale, pour le mouvement communiste, passe en effet par le rejet de l’idéologie de l’adversaire et l’affirmation d’un point de vue de classe révolutionnaire sur l’histoire de l’Union Soviétique.

 

Le 21 août 2004, notre camarade René Lefort prenait la parole à Berlin à l'occasion d'une manifestation pour la défense du lieu commémoratif Ernst Thälmann. Après une première victoire, l'offensive pour détruire ce monument antifasciste a repris, et le discours de René garde malheureusement toute son actualité. Le voici :

 

" Chers amis et camarades,

Au nom du Comité Directeur du Comité Honecker de Solidarité Internationaliste, j'apporte notre solidarité pleine et entière à nos camarades allemands à l'occasion de cette commémoration du grand dirigeant communiste allemand qu'a été Ernst Thälmann.

 

 Nous devons nous souvenir ensemble des conditions difficiles dans lesquelles le jeune parti communiste en Allemagne a dû se battre contre le Traité de Versailles, contre la réaction et le militarisme, contre le fascisme hitlérien, pour tenter ç faire sortir l'Allemagne de la barbarie capitaliste et de lui faire prendre la voie victorieuse suivie par la Russie après la victoire de la Révolution d'Octobre. Une telle issue aurait changé le destin du monde. Malheureusement, ce sont les forces du capitalisme qui l'ont remporté à l'époque, sous le visage hideux du fascisme hitlérien, et avec k le concours de toutes les grandes puissances capitalistes qui voulaient faire barrage à l'avancée du communisme en Europe.

 

Le Parti Communiste en Allemagne était à l'époque à l'avant-garde, sur la ligne de front de la lutte de classe internationale. Mais à cette époque, l'internationalisme prolétarien n'était pas un vain mot. En France, le Parti Communiste, ou pour mieux dire la section française de la 3ème Internationale, tout en menant sa lutte dans notre propre pays, soutenait à fond les camarades allemands. Les deux noms de Ernst Thälmann et de Maurice Thorez sont devenus associés, indissolublement, dans ce même combat de classe contre le capitalisme et le fascisme. 

 Aujourd’hui, nous avons de nouveau à face à une brutale offensive contre-révolutionnaire généralisée du capitalisme et de l'impérialisme, avec de nouvelles tendances fascisantes.

C'est la raison pour laquelle il est hautement nécessaire de faire renaître en pratique l'internationalisme prolétarien, de créer les conditions qui permettent de reconstituer un authentique mouvement communiste international et un front mondial contre l'impérialisme.

Nous avons à nous battre ensemble contre les menées de l'impérialisme US et sa "  guerre sans limite ", contre l'OTAN, mais aussi contre l'Europe supranationale du grand capital, nouveau pôle anticapitaliste. nouveau pôle impérialiste en voie de formation qui est aussi une machine de guerre contre la classe ouvrière et les peuples dans toute l'Europe (...).

 

A l'Europe de Maastricht, que nous combattons et dont nous voulons nous défaire, nous opposons l'Europe des luttes des travailleurs, luttes qu'il nous faut faire converger, unifier, dans un même élan anticapitaliste. C'est en renouant avec ce combat de solidarité internationale de classe que nous resterons fidèles à la mémoire du camarade Ernst Thälmann.

(SDC N°51 Septembre 2005)

 

Echec aux nazis à Berlin

La GBM (association pour la Protection des Droits civils et politiques et de la Dignité humaine) ainsi que d'autres organisations et partis, dont le DKP et le PDS, avaient organisé une manifestation à l'occasion du 6e" anniversaire de la libération du fascisme.

Le président d'honneur du PDS, Hans Modrow, qui ouvrit la fête, rappelait le serment de Buchenwald : " Plus jamais le fascisme, plus jamais la guerre "

Après une présentation enthousiasmante de l'ensemble russe Skriptchenko ( en tenue soviétique), c'est un ancien général de l'armée soviétique qui prit la parole, suivi du professeur Moritz Mebel, antifasciste et vétéran de l'armée soviétique.

Il raconta son parcours dans l'année Rouge de Moscou à Berlin entre 1941 et 1945. Il parla des atrocités commises par la Wehrmacht, du froid de l'hiver russe, du moment où il reçut l'ordre de crier par haut-parleur, aux soldats allemands, que cette guerre était criminelle et qu'il faudrait déposer les armes. Il était extrêmement touchant d'entendre le récit d'un antifasciste allemand ayant combattu à côté des camarades soviétiques . A la fin, il protesta énergiquement contre le néofascisme en Allemagne. Ne pas les interdire est contre la constitution allemande et la démocratie." Nous le devons aux 200 000 résistants allemands contre le régime nazi en Allemagne .hitlérienne ! ", dit-il.

(SDC N° 51 Sept 2005)

 

 

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