Un nouveau livre d’Annie Lacroix-Riz : De Munich à Vichy
Par : Maurice Cukierman
Avec « De Munich à Vichy », publié chez Armand Collin, Annie Lacroix-Riz poursuit son étude systématique de l’attitude de la bourgeoisie et de l’impérialisme français, et des relations internationales de l’entre-deux guerres à l’occupation et Vichy. Je rappellerai pour mémoire les titres précédents : « Le Vatican, l’Europe et le Reich de 1914 à 1955 », « Industriels et banquiers sous l’occupation » et « Le choix de la défaite ». Nous avons affaire à une somme, un travail d’une rigueur imparable, basés sur les archives accessibles et leur confrontation avec une bibliographie étendue qui force l’admiration. Normalement, si en histoire le monde ne marchait pas sur sa tête, l’historiographie contemporaine devrait être revisitée de fond en comble après ses publications. Au lieu de cela, entreprise dévoilant son caractère de classe, nous assistons au silence, quand ce n’est pas aux attaques personnelles, des héritiers de l’Inquisition et, disons-le franchement, même si des dents doivent grincer, des incendiaires des autodafés des années trente.
Ce livre réduit en miettes, pulvérise, les évidences sur lesquelles repose l’histoire officielle : Munich une erreur, tragique certes, mais tout le monde peut se tromper ; Blum un honnête homme et un humaniste ; Jouhaux un syndicaliste qui a fait ce qu’il a pu ; l’armée n’était pas prête (à quoi ?) ; la défaite un choc imprévisible où l’armée accumula le manque de chance ; les Français – le peuple – n’avaient pas le cœur à se battre (le souvenir du grand massacre que voulez-vous, il faut comprendre), le patronat, le grand – les milieux monopolistes et financiers – voulait sauver les meubles.... Par contre les communistes, leur Internationale, l’URSS et… Staline furent les responsables, ceux de la faute à qui tout, ou presque, était arrivé ; ils étaient sommés de s’expliquer (que faisiez-vous ce jour-là ?), et dont – le comble – on hésitait pas à pinailler sur le nombre d’assassinés par les vichystes et les nazis ou sur la manière dont ils l’ont été ! De ce point de vue la révélation est éblouissante, les archives – anglaises, françaises, italiennes, américaines et allemandes – imparables : fondamentalement les impérialismes franco-britanniques, l’oligarchie financière française, ses hommes de main (social-démocratie comprise en la considérant globalement) ne voulaient pas s’opposer à Hitler et à Mussolini, mais composer avec eux (Munich l’illustre) pour les utiliser contre le premier Etat socialiste. De mèche avec les mêmes (les preuves s’accumulent au fil des pages, des rencontres et des déclarations aux ambassadeurs et diplomates fascistes des Bonnet et Daladier, Reynaud et bien sûr Pétain et Laval) il s’agissait pour les monopoles et l’oligarchie financière, et avec la participation directe des individus la composant, de profiter de la tension internationale, avant de profiter de l’état de guerre proprement dit, pour éradiquer le mouvement ouvrier révolutionnaire, le Parti Communiste et le syndicalisme de lutte de classe. Mais aussi le mouvement ouvrier réformiste, après que l’on se fut servi – comme en Allemagne – de sa complaisance et de sa complicité, ainsi que tout l’héritage démocratique républicain depuis 1789.
Le livre ne manquera pas d’être attaqué par ceux qui, imbéciles (ça existe même chez les gens cultivés) ou histrions salariés du Grand Capital – de loin les plus nombreux - dénonceront « une histoire-complot, conspirationniste ». Comme si la Banque Worms et la Banque Lazard, le Comité des Forges et l’UIMM et… les autres, avaient pour passe-temps de dépenser des millions pour le plaisir de se retrouver autour d’une tasse de thé !!! Comme si la politique c’était une activité relevant de la pêche à la ligne (et encore, pas du brochet) ou du crochet ! Non, et le livre le démontre sans détour, la politique, c’est pour la bourgeoisie – avec plus d’intensité encore à l’époque de l’impérialisme – l’organisation de la guerre civile entre le Capital et le Travail, pour reprendre la formule de Marx. Guerre civile larvée la plupart du temps, ce qui implique les formes d’organisations non publiques, secrètes, et guerre civile ouverte quand les contradictions s’aiguisent et que la Grande Bourgeoisie se sent menacée. Après le Choix de la Défaite, De Munich à Vichy ne relève pas d’une quelconque « conception comploteuse de l’histoire », mais de l’histoire d’UN COMPLOT étayée par des faits, corroborés par des sources qui se recoupent toutes, et témoignent du caractère concerté de la catastrophe programmée que fut la défaite, la capitulation, la dictature fasciste de Pétain-Laval-Darlan-Weygand et l’occupation. Catastrophe, soyons clair, non pas pour une prétendue France entité abstraite, relevant de catégories platoniciennes, mais pour la France du travail, celle de la Classe ouvrière, des salariés, des paysans dans leur masse, des retraités, de la petite bourgeoisie et des couches moyennes, des femmes du peuple (je ne citerai que la peine de mort pour cause d’avortement, mesure applaudie par l’Eglise catholique), et pour les boucs-émissaires désignés, les tziganes et les Juifs (et pour ces derniers surtout les éléments populaires, ceux qui avaient fui les pogroms antisémites de l’allié polonais, des Hongrois de Horthy …). Catastrophe aussi pour ces réfugiés espagnols, allemands, italiens, autrichiens qui furent livrés à leurs bourreaux, mais qui, quand ils réussirent à échapper aux arrestations furent au premier rang dans les combats contre l’occupant et le fascisme.
Ce livre, comme les précédents, invite à la réflexion sur plusieurs éléments. J’en retiendrai deux. Le premier à propos de l’attitude de la bourgeoisie française, et de la Grande Bourgeoisie en particulier, vis-à-vis de la forme républicaine de l’Etat en général en liaison avec la transformation du Capitalisme de libre-concurrence en Capitalisme impérialiste, et le second – intrinsèquement lié – sur l’adaptation politique que cette transformation impliquait pour la Grande Bourgeoisie, adaptation que Lénine avait qualifiée de Capitalisme Monopoliste d’Etat, et des conséquences institutionnelles qui en découlaient.
Il est frappant que dans un pays qui fait inflation du mot « république », on constate que la bourgeoisie y a été fort peu républicaine : avant 1792 elle est monarchiste et le redevient une fois sauvée par Robespierre et après l’avoir liquidé, et elle y est hostile jusqu’en 1875, moment où à la suite de Thiers, elle se rallie au schéma d’une république parlementaire, s’appuyant sur le suffrage universel. Mais notons que la crainte d’un retour de la Commune de Paris y fut pour beaucoup, tout comme le risque d’une remise en cause de la vente des biens nationaux et de la réduction des pouvoirs du Parlement à leur plus simple expression. Mais une aile, puissante, de la bourgeoisie ne s’y rallia que contrainte et forcée. Le Parlement pour reprendre l’image de Marx n’était rien d’autre que le conseil d’administration de toute la société capitaliste. Dès les transformations impérialistes (vers 1885) entamées, l’agitation anti-républicaine fébrile réapparaît : affaire Boulanger, scandale de Panama, affaire Dreyfus. Or chaque fois, on tente de profiter de l’occasion pour remodeler l’institution politique, en diminuant les quelques acquis démocratiques ou en tentant d’intégrer la classe ouvrière (avec l’aide idéologique des anarchistes) au système. En fait avec l’impérialisme, la bourgeoisie monopoliste ne veut plus du « conseil d’administration » commun à toute la bourgeoisie que constitue le Parlement. Elle veut le pouvoir (au sens de la prise de décision) pour elle seule. La démocratie bourgeoise, dont les marxistes ont depuis toujours dénoncé le contenu anti-démocratique (c’est le sens de bourgeois), le Parlementarisme devenaient des entraves, favorisant le passage de l’oligarchie aux solutions autoritaires et d’intégration de la classe ouvrière, et par voie de conséquence, des cadres de cette dernière par leur corruption. La guerre de 1914-1918 va être révélatrice : la trahison des leaders de la SFIO et de la seconde internationale, comme de la CGT, prolonge celle de Viviani et de Briand en 1904 et anticipe celle de 1938-1940. Au plan économique la guerre permet aux monopoles de participer directement à la direction des affaires. Les formes républicaines sont des coquilles vides. La guerre terminée, la poussée révolutionnaire, qui résulte de la colère des masses et de la Révolution d’Octobre, va en France permettre le maintien, plus que jamais formel, de la démocratie bourgeoise parlementaire. Les masses ne rompent pas suffisamment avec la SFIO qui se fait le chantre du système au nom de la démocratie. La bourgeoisie monopoliste navigue en recul. Mais en Italie le fascisme va être la réponse politique : un Etat monopoliste fort, autoritaire et criminel, pour écraser le mouvement ouvrier et des paysans pauvres, et pour faire la guerre en militarisant la vie sociale, l’impérialisme italien étant mécontent du Traité de Versailles. A partir de là le fascisme va être partout le modèle politique qui fascine l’oligarchie financière et ses hommes à tout faire. Annie Lacroix a montré que c’est dans les années vingt que naît la Synarchie, que c’est en 1926-1928 qu’est envisagé le premier coup d’Etat avec Lyautey. Le fascisme est bel et bien la première forme institutionnelle adéquate apparue du Capitalisme Monopoliste d’Etat. Avec la crise de 1929, la remise en cause du partage du monde qui en découle, le fascisme finit de rallier ceux qui, jusque là, préféraient la voie de l’intégration par la redistribution des miettes et l’élargissement de l’aristocratie ouvrière. D’autant que la crise, comme la prise de conscience de ce qu’était le fascisme après la prise du pouvoir par Hitler, allaient déboucher sur le Front Populaire, rendaient cette voie « coûteuse » : les vacances, les 40 heures, les conventions collectives… et aussi l’impôt sur le revenu qui n’avait pas été digéré. L’oligarchie financière dans ces conditions ne faisait pas que préférer Hitler à Staline, elle voulait Hitler, quitte à faire des concessions à l’impérialisme allemand. C’est ce que dévoile le livre en prenant comme point de départ Munich (même si l’auteur revient en arrière quand c’est nécessaire, en rappelant son précédent ouvrage) et en liant la politique internationale – ralliement aux plans hitlériens et mussoliniens – à la politique intérieure – les décrets-lois Daladier mettant à bas les conquêtes de 1936. L’auteur, même si c’est parfois difficile à suivre pour le lecteur, en suivant les évènements qui se précipitent, met en lumière le nœud gordien qui existe entre la politique étrangère et intérieure. En fait il y a une politique dictée par les intérêts de classe en jeu. Il y a certes des éléments contradictoires (comme toujours d’ailleurs) qui font qu’au moment du Front Populaire, ou de la Libération, l’intérêt de la Classe ouvrière est de mettre au premier plan la politique intérieure, car c’est là que la bourgeoisie et ses alliés avaient été obligés de reculer. Mais pour autant cela ne saurait occulter les questions internationales (l’Espagne, l’alliance avec l’URSS, les accords Blum-Byrnes…) car c’est bien là que s’est déployée la riposte des monopoles et de leurs domestiques sociaux-démocrates et radicaux.
En même temps on voit bien dans le livre qu’au-delà du factuel, il s’agit bien d’une recherche à plus long terme pour l’oligarchie de réformes structurelles : les dossiers économiques de la Synarchie, les politiques mises en œuvre pour satisfaire le Capital, les individus même – le personnel politique et économique – seront réadaptés à la Libération. En 1958 le contenu de la Constitution de la Ve République, après le coup d’Etat militaire de de Gaulle (qui s’était opposé à celle de 1946), à un air de famille avec le projet du parfumeur Coty en novembre 1934. Et en prime, le même anticommunisme, le même antisoviétisme. Les différences sont dans le rapport de force et dans la conjoncture. Mais au final, l’oligarchie financière a accepté en 1958 la forme républicaine, dès lors qu’elle a été vidée de tout contenu démocratique et parlementaire (au sens ancien, quand le Parlement avait un peu de pouvoir) et que son fonctionnement institutionnel répondait aux besoins du Capitalisme Monopoliste d’Etat. De Munich à Vichy , dans l’analyse faite de la Synarchie et dans la manière dont Daladier et Reynaud, après Blum, vont se faire les promoteurs de ses hommes, souligne la montée d’un personnel politique issu de Polytechnique et de l’Inspection des Finances (comme aujourd’hui). L’apparition de cette caste de technocrates ne va plus cesser d’enfler, renforcée par la création en 1945 de l’ENA. Cette dernière va constituer le vivier du personnel politique de la Ve République, non obligatoirement issu de l’oligarchie financière, ce qui aujourd’hui donne cet air de famille aux dirigeants politiques du PS à l’UMP.
L’intérêt du livre ne s’arrête pas aux questions que nous venons d’évoquer. Annie est une militante communiste, elle le revendique. Il était donc naturel dans cette étude qu’elle se penche tout particulièrement sur un aspect de la période : la répression anti-communiste et l’attitude de l’aile réformiste du mouvement ouvrier, celle qui « bave » les mots démocratie et liberté en temps de paix pour défendre le décor « démocratique » et la liberté d’exploiter les travailleurs. On a surnommé la période allant de septembre 1939 à mai 1940, « drôle de guerre ». Elle est tout sauf « drôle », cette guerre. C’est la guerre civile, la guerre de classe, il n’y a qu’un ennemi et un seul : les communistes. Pour les fascistes naturellement, pour ceux que l’on appelle la « droite républicaine » et qui aspirent au fascisme, tout autant qu’après 1943 ils aspireront à la protection américaine. Pour l’Eglise catholique, sa hiérarchie, qui aura plus de mal à prendre le tournant peut-être. Mais aussi pour les dirigeants de la SFIO, les ours savants que brocardait Aragon dans son poème Hourra l’Oural. Des individus sans foi ni loi : les coups contre les communistes remontent à novembre 1938 avec l’échec de la grève générale contre Daladier, échec organisé par la direction de la CGT, Jouhaux comme Belin. Et quelle leçon de voir ses dirigeants syndicaux organisant la défaite des travailleurs en leur faisant croire qu’ils sont à leur côté ! Comment ne pas faire le rapprochement avec l’attitude des Notat, des Chérèque, certes, mais aussi des Thibault, Le Duigou et Cohen, véritables héritiers de Jouhaux, de Belin et consorts. En écrivant cet article j’entends justement aux informations, que la CGT se réjouit de la création par Sarkozy d’une commission ouverte aux dirigeants syndicaux pour… privatiser la Poste ! Et comment ne pas se rappeler le sabotage des mobilisations pour la défense des retraites, pour défendre EDF-GDF. Pour revenir à 1938, ce sabotage avait pour but de livrer les communistes à la répression. Les mesures prises sous le couvert de la menace de guerre ne visaient que les communistes. Et, après que le gouvernement a saboté les négociations avec l’URSS, quand le pacte germano-soviétique de non-agression est signé, plus rien ne les arrête. Au point que les documents d’archives témoignent que de Laval à Blum en passant par Flandin, Daladier, Reynaud, ils sont tous « pacifistes » quand il s’agit des nazis et férocement bellicistes quand il s’agit d’attaquer le PCF et l’URSS. Il est extraordinaire d’apprendre que le même Blum, puisse en 24 heures y aller du discours vibrant de soutien à la Pologne, émaillé d’attaques anti-soviétiques et anti-communistes, alors que le lendemain il rencontre Daladier pour le prier de faire comprendre aux Polonais qu’ils doivent céder à Hitler ! Et ce sera la levée de l’immunité parlementaire des députés communistes, avec l’opposition de seulement trois députés et sénateurs socialistes (je laisse la surprise pour l’un d’entre eux aux lecteurs) la mise en place de l’arsenal anticommuniste dont Annie Lacroix montre qu’il est l’arsenal que Vichy utilisera avant de le perfectionner à l’été 1941. A l’opposé de Churchill en Angleterre, aucun responsable politique ne verra dans la politique soviétique des succès contre l’avancée des nazis. Et pour cause : ils aspiraient tous au succès de Hitler à l’Est, et leur presse, le Figaro entre autres, fulminait contre Berlin qui faisait le jeu des bolcheviques ! On arrêtait les communistes, on pourchassait les républicains espagnols, les démocrates allemands, autrichiens, italiens, mais Weygand, le numéro deux de la Cagoule après Pétain, auquel de Gaulle a fait des obsèques nationales, préparait des plans d’attaque contre l’URSS tandis que toute la réaction et les radicaux dialoguaient par l’intermédiaire des représentants de Franco et de Mussolini avec Berlin. Le livre met d’autre part en évidence que cette politique anti-communiste explique la trahison avérée de l’Etat-major en mai 1940 et de Reynaud et de son équipe qui font le lit de Pétain.
Le 10 juillet l’oligarchie financière, les forces réactionnaires les plus sombres peuvent être satisfaits. Ils en ont fini avec la Gueuse et le Parti communiste. La SFIO s’est suicidée comme la CGT (toujours prêt à rendre service à la bourgeoisie monopoliste même là), l’ordre règne. Ils doivent aussi penser que l’URSS n’en a plus pour longtemps, car eux n’ont jamais cru une seule seconde que Staline et Hitler avaient fait une alliance !
Le réveil va être brutal. Ils avaient oublié les peuples. Heureusement il y aura les Etats-Unis, et on prendra quasiment les mêmes pour recommencer dans un contexte plus difficile. Il faudra attendre des jours meilleurs, quand Gorbatchev fera triompher la contre-révolution. Et que Denis Kessler pourra annoncer la fin de l’ère ouverte en 1945. C’est une autre histoire, mais il semble qu’ils oublient encore les peuples. Grâce au livre d’Annie, nous par contre nous pouvons être optimistes : la fin de l’Histoire ce n’est pas pour demain.
Vous pouvez vous procurez auprès de notre association les ouvrages et brochures suivantes:
Pour les commander envoyer nous un E-mail à:
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A paraître avant les fêtes :
Petite
Contribution au
LIVRE NOIR
de L’ANTICOMMUNISME
et de la
CONTRE-REVOLUTION
Henri Alleg Samir Amin Franck Bochow Vincent Flament
Georges Gastaud Radim Gonda Rémy Herrera
Vanessa Ikonomoff Fernando Vera Jiménez Joe Kaye
Annie Lacroix-Riz René Lefort Pierre Lévy Monica Moorehead
Carmen Morente Muňoz Gloria Rubac Jean-Luc Sallé
Miloslav Vražel Zbigniew Wiktor
Edité par le Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe
Il y a dix ans, lors du 80ème anniversaire de la Révolution d’Octobre, les grands médias se déchaînaient afin de mettre sur le compte des rouges toutes les victimes des guerres – civiles on non - déclenchées pour les écraser. Depuis se multiplient les pamphlets pseudo-historiques brodant sur le thème « nous ignorons combien le communisme a fait de victimes au total, mais nous pouvons déjà avancer des chiffres énormes, sachant qu’en réalité, ils sont sûrement très sous-estimés ». Dès lors, toutes les additions deviennent possibles, afin de conclure que les communistes sont les pires criminels de l’histoire de l’humanité, loin devant les nazis eux-mêmes. Certains réclament même un « Nuremberg du communisme » - idée à laquelle le rapport Lindblad adopté par le Conseil de l’Europe et condamnant les « crimes du communisme totalitaire » a donné une nouvelle impulsion (les partis communistes sont d’ailleurs interdits ou en passe de l’être dans plusieurs pays d’Europe).
Le présent ouvrage, réalisé avec de modestes moyens associatifs, donne un début de réponse à ce torrent de contre-vérités. Il rappelle aussi ce que les « historiens » au service de l’idéologie dominante cherchent désespérément à cacher au moment où la grande bourgeoisie s’apprête à finir de détruire toutes les conquêtes sociales héritées de la victoire de 1945 sur le fascisme, grâce au rôle décisif joué – qu’on le veuille ou non – par l’URSS : partout où il a remplacé le socialisme (ex-URSS, ex-RDA, Tchécoslovaquie, Pologne, pays baltes…), le capitalisme a semé la misère et l’injustice ; à chaque fois qu’il a décidé de lutter avec détermination contre le communisme et la révolution, communiste ou non (Cuba, Chine, Corée, Viêt-Nam, Proche-Orient, Espagne, France, USA…) il a semé la haine et la mort.
A commander à :
Madeleine Dupont
62 résidence Les Hirsons
62800 Liévin
Pris : 7€ + 2€90 de port
MEETING DE SOLIDARITE INTERNATIONALISTE ET ANTIFASCISTE
Malakoff, les 5 et 6 Novembre 1994
77ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre
Format 21 x 29.7,reliure spirale.
5euro Port Compris
Rebelle dans les Djebels, guerre d'Algérie, lutte contre le colonialisme, par notre camarade Edmond Coëdelo .
A commander directement à l'auteur:
Edmond Coëdel
"Fourtané",
47540 St Hilaire de Lusignan
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DE RECENTS OUVRAGES SUR LES PAYS SOCIALISTES
L'effondrement de l'URSS Sur les causes de l'effondrement de l'URSS, Le Siècle Soviétique (éd.Fayard, 2003) est à recommander. Pour l'auteur, Moshe Lewin, qui raconte l'histoire de l'URSS sur la base des archives soviétiques dont des statistiques tout à fait édifiantes, la principale cause s'avère la dépolitisation er la perte de pouvoir du parti - au profit, sous Staline, de ce dernier et, après Kroutchev, de la machine étatique. 'Quand le Parti s'occupait de politique il perdait le contrôle de l'économie et de la
bureaucratie , mais quand il s'engageait pleinement dans le contrôle de l'économie et se mêlait directement de ce que faisaient les ministères et de la manière dont ils le faisaient, il perdait ses fonctions spécifiques, et même la compréhension de ce qu'elles étaient.' Vers la fin, toute volonté politique était paralysée. Un espoir subsistait pourtant : 'relancer la vie politique interne au parti était le programme que mettait en place Andropov un an avant de succéder à la maladie.'L'apport scientifique des démocraties populaires
Comme Lewin (pour qui 'le système soviétique a connu des réussites - l'éducation, la santé , la place accordée à la science - tout un capital que les piètres réformateurs ont largement dilapidé) 2 autres livres, certes plus discutables, reconnaissent le prestige du monde scientifique et la supériorité du système d'enseignement dans les ex-démocraties populaires.
Dans Vivre savant sous le Communisme (Belin, 2001) G. Ripka interviewe une dizaine de scientifiques de ces pays, tous plus ou moins anticommunistes (à une exception près) et d'intérêt inégal. Tous s'accordent cependant pour dire qu'il s'agissait d'un âge d'or pour la science et qu'en particulier ils avaient plus de temps pour mener à bien leurs recherches comme "les gens ne pensaient pas que l'argent était ce qui était le plus important au monde". Malgré quelques erreurs grossières (confusion entre Saratov et Volgograd, multiplication par dix des victimes du Goulag), certaines réflexions sont parfois saisissantes et démontrent qu'il y avait autant de différences entres les pays socialistes qu'entre les pays occidentaux, malgré le tableau uniforme qu'on en présente souvent. Pour un Tchèque, qui eut plus de problèmes avec les carriéristes opportunistes qu'avec les familles communistes traditionnelles, "la Russie contrôlait moins la culture à l'époque que ne le font actuellement les Etats-Unis". Pour un Polonais, après les événements de 1956 il était plus dur de voyager en URSS qu'en Occident. Un Croate explique que même sous Staline les savants étaient protégés, même si quelques erreurs théoriques furent commises (l'affaire Lyssenko, la critique de la théorie de la relativité d'Einstein, et de la mécanique quantique qui semblaient "remettre en cause le concept même de la matière" et le déterminisme).
Pourtant mal engagée (les Editions pourtant 'Ouvrières') annonçant d'entrée 'qu'il n'existe pas d'alternative politique aux valeurs qui sont le fondement des démocraties occidentales'!) la lecture de La Face cachée de l'Unification allemande (L'Atelier, 1999) s'avère néanmoins profitable. Les auteurs, Vilmar et Guittard, expliquent la chute de la RDA par le ralentissement économique des années 80 : 'Tandis qu'à la fin des années 70 l'Etat augmentait à la fois les investissements non productifs (construction de logements sociaux) et les revenus, il négligeait parallèllement les investissements dans le secteur industriel. Le consensus relatif qui existait entre la population et la direction politique (pour les auteurs, de 5 à 10 % des Est-Allemands étaient favorables au régime, et 3-5 % contre) s'évanouit dans les années 80, la majorité des citoyens n'étant plus prête à se contenter de promesses d'un avenir meilleur au détriment de la qualité de vie. L'apathie et surtout le désintérêt pour l'économie s'exprimaient par la passivité, le repli dans la sphère privée, le refus de donner le meilleur de soi.' Les auteurs décrivent ensuite chronologiquement l'unification désastreuse pour la partie orientale du pays. Les événements se sont précipités (en particulier l'union monétaire, qui fit que certaines entreprises est-allemandes, par ailleurs tout à fait compétitives, furent rachetées pour une bouchée de pain) contre la volonté explicite des habitants de RDA. Le potentiel économique de cette dernière fut privatisé, bradé pour être repris par des firmes ouest-allemandes désireuses d'éliminer la concurrence. Pour les auteurs la nouvelle Allemagne unifiée n'aurait pas dû renoncer aux acquis sociaux et culturels de la RDA mais les intégrer dans le nouveau cadre. Quelques remarques intéressantes ponctuent l'ensemble : les coopératives de RDA qui subsistent aujourd'hui sont plus compétitives que les entreprises familiales pourtant subventionnées selon par la loi allemande.
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